“Rubrique : providence ?” (Régis de Castelnau)

Les enfants placés ont des alliés. Voici un texte qui a paru sur la page Facebook de l’avocat français Régis de Castelnau ce 15 août 2020. Il est aussi l’auteur du blog juridique Vu du droit.

Rubrique : providence ?

« Allô, bonjour maître…
• Tiens Mélanie, comment ça va ?
• Pas très bien, parce que j’ai un problème et je voudrais savoir ce que je dois faire.
• Qu’est-ce qui se passe ?
• Et bien comme vous le savez, j’attends un bébé et j’ai reçu la visite d’une assistante sociale.
• Ah bon, qu’est-ce qu’elle voulait ? »

On vous avait déjà parlé de Mélanie née sous une mauvaise étoile. En 2001, ce qui fait qu’elle a 19 ans aujourd’hui. Son père a plaqué sa mère très vite pour aller vivre en Allemagne avec sa nouvelle compagne. Il ne s’est jamais enquis de ce que devenait sa fille. L’enfance s’est donc passée sans père, jusqu’à que ce que sa mère victime d’un cancer quand elle avait 12 ans la quitte pour toujours. Orpheline et n’ayant pas de famille pour s’occuper d’elle, c’est l’Aide Sociale à l’Enfance, l’ASE qui l’a prise en charge. Elle a donc été placée dans une famille d’accueil agréée, dont le « père » âgé de 50 ans a commencé à la violer quand, même pas formée, elle en avait 13. Cela a duré trois ans. On ne reviendra pas sur la suite, les placements, les foyers, les épreuves de la procédure pénale, les hôpitaux psychiatriques, parce que le malheur au bout d’un moment c’est fatiguant et ça abîme. Simplement dire qu’un rayon de soleil avait fini par percer les nuages, et que Mélanie avait rencontré un bon gars et était allée vivre avec lui chez ses parents. Oh, pas à Monaco ou dans le 16e arrondissement de Paris, à Hénin-Beaumont là où la misère est la norme.
Et Mélanie a voulu un bébé. Pour faire vite la famille qu’elle n’avait pas eue. Et tout se passait bien, et c’était pour bientôt. Jusqu’à ce coup de téléphone.

« Qu’est-ce qu’elle voulait l’assistante sociale ?
• Me voir, et elle est venue à la maison.
• Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
• Qu’elle avait reçu un « signalement » anonyme, et qu’il faudrait peut-être que le bébé soit placé.
• Pardon ? Alors tu vas me donner les coordonnées de cette assistante sociale et maintenant c’est avec moi qu’elle va parler.
• On ne va pas me prendre mon bébé maître ?
• Non Mélanie, oh non, on ne va pas te prendre ton bébé. »

Il serait possible d’accuser la terre entière mais cela ne servirait qu’à se défouler. Peut-être que la sorcière qui s’est penchée sur le berceau de Mélanie a considéré qu’il valait mieux concentrer le malheur sur les mêmes et que statistiquement cela permettait d’en épargner d’autres.

On va quand même dire à la Providence qu’elle n’est qu’une vieille salope.

Facebook 15.08.2020.

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